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La sécurité, un concept multiculturel


Le thème de la sécurité est omniprésent dans la société. Ces dernières années, il est devenu l’une des préoccupations majeures des citoyens. Au sens où on l’entend en 2020, il prend de multiples facettes et concerne l’individu, la nation, la conduite automobile, l’alimentation, le terrorisme… Pourtant, la sécurité n’a pas toujours occupé autant de place dans les esprits et la pensée politique.

Une définition liée au contexte

Pendant longtemps, la notion de sécurité a été liée à celle de la survie et à l’existence d’une menace existentielle pour l’Etat nation. Celui-ci s’estimait en risque sur son territoire, obnubilé par la crainte qu’une armée étrangère s’en empare. C’était une vision réaliste du monde, que les philosophes du langage ont été les premiers à remettre en cause, au XXe siècle. Il faudra attendre les années 1980 et les travaux du théoricien britannique Barry Buzan, pour que la notion de sécurité sorte du champ restrictif de la sécurité nationale pour s’appliquer à des domaines nouveaux, comme l’économie.

« On ne peut pas parler de « culture » de la sécurité en supposant que cela a un sens universel, même si cette expression est employée dans l’entreprise, car la problématique de la sécurité ne peut être appréhendée qu’avec la prise en compte du contexte dans lequel elle se développe », estime Sebastian Roché, directeur de recherche au CNRS. En clair, la définition que l’on donne à la sécurité est en fonction de l’endroit où l’on se trouve.

La notion de sécurité change de visage selon les endroits

De même que les biologistes ont démontré qu’un gène d’une même plante se comporte différemment, selon que celle-ci est semée au niveau de la mer ou en altitude, l’homme pense la sécurité différemment, selon la région de la planète où il vit.

Au départ, le fondement de la recherche de sécurité est biologique. Toutes les formes de vie, microbienne, virale, animale, humaine, n’existent que si elles résistent aux changements de leur environnement. Pour elles, la sécurité se mesure à la capacité à rester en vie.

Ce sont en réalité les démocraties occidentales qui ont donné, à l’époque moderne, une définition psychologique à la sécurité, bien avant que la dimension sociale qui caractérise ces régimes politiques ne s’affirme. Peu à peu s’installe l’idée que l’on se sent en sécurité si l’on peut être en interaction avec les autres, ce qui suppose un système de garantie collective, qu’on appelle l’Etat.

Pour que la sécurité règne, comme c’est le cas globalement en Europe aujourd’hui, il faut que la population ne soit plus confrontée à aucune crise alimentaire susceptible de menacer l’intégrité physique des individus. Il faut en outre un niveau d’éducation élevé, afin que l’apprentissage de la tolérance permette la mise en œuvre d’interactions sophistiquées, comme le commerce à très longue distance, avec la Chine ou l’Inde.

« Avant, c’était l’Eglise monothéiste qui jouait ce rôle, en promouvant la création d’une identité sociale partagée par-delà les groupes ethniques, et promettant le paradis, mais aussi des infrastructures tout en créant les hôpitaux et les écoles. Aujourd’hui, le fondement de la sécurité, c’est l’éducation », souligne Sebastian Roché.

Tardivement dans l’Histoire, les Etats ont ajouté la police. Mais c’est un phénomène « secondaire » qui a pris son essor en occident, sans qu’aucun théoricien de l’Etat, pas même le sociologue Max Weber, n’en dise jamais un seul mot. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que la police a commencé à apparaître comme nécessaire à l’Etat, sous la forme d’une administration professionnelle, et à s’exporter sur tous les continents comme outil de domination politique, à la faveur de la colonisation. L’idée de la police comme service a moins de cent ans.

Ce modèle occidental d’une police comme bras de l’Etat pour assurer la sécurité continue de dominer la pensée. Pour preuve, les accords internationaux pour le « développement de la police démocratie » le sont comme si on pouvait exporter ce modèle, alors que ce n’est guère possible, loin s’en faut.

Ce mode de fonctionnement est d’autant plus curieux que l’on sait que les niveaux de sécurité dépendent avant tout des normes de chaque société. Ainsi, en Scandinavie, la population fait preuve d’un consentement absolu à la norme et c’est cette adhésion collective qui permet de maintenir la tranquillité.

Pour une entreprise, sécuriser = maîtriser les risques

Aujourd’hui encore, la sécurité, l’équilibre social et le respect des règles « a peu à voir avec l’existence d’un système de sanction formel » affirme Sebastian Roché. Les entreprises connaissent cela par cœur, depuis l’explosion au décollage de la navette américaine Challenger, et l’accident dans la centrale nucléaire de Tchernobyl, en 1986.

— Lire aussi : Rendre les salariés acteurs de leur sécurité au travail

Deux drames consécutifs qui avaient pour cause une accumulation de dysfonctionnements, et non des comportements individuels déviants qu’on pourrait punir par la sanction. Ainsi, les entreprises s’efforcent d’obtenir des employés qui travaillent en leur sein qu’ils partagent, aussi largement que possible, une même manière de penser et d’agir.

« L’enjeu est de maîtriser les risques les plus importants liés à l'activité de l'organisation, c'est-à-dire les accidents majeurs et les accidents mortels, qui menacent le plus la survie de l'organisation dans son ensemble », observe l’Institut pour une culture de sécurité industrielle (ICSI).

En sachant que les défaillances organisationnelles jouent en général « un rôle beaucoup plus grand » dans les accidents graves que dans les accidents bénins. Preuve que la sécurité est une notion multiculturelle, mais aussi multiforme.

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